Ferme de Vévy-Wéron Belgique Namur Tour de France vivre autrement

5# Ferme de Vévy-Weron : un écrin de verdure aux portes de Namur

Ferme de Vévy-Wéron
Belgique Namur
Tour de France vivre autrement
Habitat partagé dans une micro-ferme
Wépion, près de Namur
Crée en 1984
18 familles
Activité : accueil de groupes, maraîchage biologique, élevage de brebis
Terrain de 12 ha
Valeurs : vivre ensemble
Période de présence : 1 semaine fin juin 2021
Distance à vélo depuis le précédent lieu : 42 km
Type d’accueil : plusieurs wwoofeur.ses

Quelques kilomètres après le centre de Namur et après une montée infernale qui vous éloigne de la Meuse (hé oui, la Meuse coule aussi en Belgique !) se trouve un petit morceau de paradis. Non loin du terrain de football de la commune de Wépion se tient la ferme de Vévy-Wéron (prononcez les W comme dans « Waouh ! » et non comme un V) où 18 familles vivent dans un cadre idyllique. Un grand corps de ferme en U, des constructions plus modestes et des habitats légers se partagent un écrin de verdure de 12ha qui comprend trois étangs en cascade entourés d’une végétation abondante, une zone maraîchère ainsi que des herbages et des forêts. Une bergerie et une volière apportent ce qu’il faut de vie animale.

Les habitant.es

Venons-en aux habitants. Il y a d’abord George. Fondateur, propriétaire et pilier du lieu, infatigable constructeur de dômes géodésiques, ce sexagénaire à la peau brunie par les heures de travail au soleil et aux yeux bleus perçant vous met tout de suite à l’aise. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, en tant que propriétaire des lieux, il ne s’est pas attribué la plus belle aile de la ferme ou la plus imposante maison du domaine. Non, il vit dans un demi-dôme géodésique qu’il a construit en prenant appuis sur un abris à bois… Il vous y reçoit en toute amitié. Très loquace et toujours passionnant, son interview a duré une heure et la discussion qui s’en est suivie presque autant. Acquéreur du lieu il y a près de 40 ans, il s’est efforcé, pendant toutes ces années, de garder un esprit collectif.

Parlons maintenant de la bande de joyeux habitants qui l’accompagnent. Il y a Sofie, d’origine flamande et Nawel, originaire d’Argentine. Eux aussi sont en train de construire leur dôme. Ils se sont rencontrés lors d’un Rainbow Gathering (39#), un rassemblement alternatif auquel j’aurai moi-même la chance de participer beaucoup plus tard dans mon voyage et qui restera l’une de mes plus belles expériences. Sofie s’occupe principalement de la bergerie et m’a donné la chance de pouvoir manger du fromage venant de brebis que j’avais moi-même participé à traire le matin même. C’est du panir, un fromage frais qu’elle prépare dans la cuisine commune et dont elle a le secret. Nawel travaille avec George et est bien occupé par l’aménagement de son dôme. Il y a aussi Guillaume, le poète philosophe, intarissable dans le décorticage de la langue française dans laquelle il voit partout des associations d’idées cachées comme par exemple « la maladie, c’est le ‘mal-à-dire’»… Lui aussi s’installe dans un dôme construit peu de temps avant mon arrivée. Enfin, il y a Laïssa, elle aussi d’origine sud-américaine, une jeune femme souriante et pétillante, et son fils Léon, tous deux de passage sur la ferme pour quelques semaines.

Les plaquistes

Ferme de Vévy-Wéron. Pose de plaques de Placoplatre ou G-prox dans un dôme géodésique. Isolation avec de la paille Tour de France vivre autrement
Pose d’une isolation dans un dôme géodésique

Un nouveau dôme géodésique grand format est en construction en contre-bas des trois étangs et j’y travaille activement avec George, Nawel et Guillaume. Rami, venu de région parisienne dans un camion aménagé de 7m pour un stage qui ne démarre que dans quelques jours nous donne aussi un coup de main. Le dôme est destiné à devenir une nouvelle salle commune avec plusieurs couchages à l’étage et aussi à servir de lieu de transformation pour les légumes du jardin. La structure et les parois extérieures sont déjà là, mise à part quelques planches du plancher là où le dôme est en dévers. Nous terminons rapidement cette partie puis nous passons à l’isolation faite de tout ce qui peut servir d’isolant : vieux vêtements, blocs de polystyrène récupérés et surtout de la paille. Une « boule » de paille [1] a été descendue depuis la bergerie, non sans mal puisque le filet qui maintient la paille serrée s’est rompu immédiatement après le départ ! Ce n’était pas si grave puisque le ballot était amené à être ouvert. Une fois arrivé dans le dôme, il est impressionnant de voir le volume que représente cette paille une fois décompactée. La moitié du ballot occupe au moins 3 m3 d’après mon estimation ! L’idée est à présent de monter une partie de cette paille à l’étage, de fixer les plaques de G-Prox™ (l’équivalent Belge du Placo™) après avoir ‘’cassé’’ le haut de la plaque sur 15cm, de rentrer et de bourrer de la paille par l’ouverture ainsi laissée et de refermer le haut du panneau en le vissant. À mon départ, tout le premier contour de l’étage est terminé.

Repas collectif
Vévy-Wéron
Namur
Belgique
Un repas collectif

Le midi, nous préparons les repas dans la cuisine commune dans une ambiance joyeuse. Le déjeuner se termine par un moment de partage qui commence par une minute de silence où les présents se tiennent la main puis livrent chacun leur tour leur ressenti actuel de la même manière que dans les cercles de parole à l’Ecocircus (2#). Malheureusement, la discussion s’effiloche bien souvent sur la fin et donne l’impression que les dernières personnes qui parlent ne sont pas écoutées et peuvent en sortir frustrées. Je propose donc de faire à nouveau une minute de silence à la fin. L’idée est à la fois d’être sûr que tout le monde sera écouté jusqu’au bout, de marquer la fin de ce temps de façon franche et de permettre aux participants de « digérer » ce qu’ils viennent d’entendre. Ma proposition est très bien accueillie et immédiatement adoptée.

Et le collectif…

Seulement voilà, tout n’est pas parfait à Vévy-Wéron… George et les habitants du lieu font face à une crise que beaucoup d’écolieux ont dû traverser. Quand George m’a dit que tout ce monde mangeait ensemble le midi, je me suis dit « Super, enfin un lieu véritablement collectif ! ». Mais en y regardant de plus près, la plupart des personnes autour de la table n’étaient pas encore vraiment installées chez elles et leur cuisine n’était pas fonctionnelle ce qui laissaient penser qu’elles prenaient leur repas avec le groupe moins par esprit collectif que par nécessité pratique. L’avenir m’a donné raison car lorsque j’ai rappelé George des mois plus tard, il a admis que ces mêmes personnes étaient aujourd’hui un peu moins présentes vis-à-vis du collectif. Malgré tout, elles font toutes partie d’un groupe dans le groupe, un noyau dur que George a jugé bon de créer et a baptisé ‘’le groupe permaculture’’ afin de raffermir l’esprit collectif du lieu autour des personnes les plus motivées .

Car en dehors de ces femmes et de ces hommes, les autres habitant.es prennent leurs repas en famille ou avec quelques autres personnes. Les chantiers et les activités communes nécessaires au bon fonctionnement du lieu ne les intéressent pas et pire, étant seulement locataires, elles jugent qu’elles ne sont pas concernées. En effet, bien qu’elles profitent de loyers bien en deçà des prix de l’immobilier local et d’un cadre de vie exceptionnel, elles considèrent pour la plupart que les problèmes liés à l’entretien d’une habitation sont entièrement de la responsabilité du propriétaire telle que le veut la logique classique. Mais ici, ce n’est pas un lieu de vie classique en raison des avantages dont les habitants jouissent au quotidien et de l’esprit du lieu ! En résumé, le groupe était de train de glisser d’un collectif actif fondé sur la mutualisation, l’autogestion et le faire-ensemble tel que George le concevait depuis toujours vers un simple habitat groupé, voir pire, un quartier résidentiel classique.

Face à cette situation, George, soutenu par le groupe permaculture, a entrepris un travail de fond pour réaffirmer l’esprit collectif du lieu en passant par la rédaction d’une charte dans laquelle ces valeurs seraient mentionnées. J’ai eu la chance d’assister à une de leur réunion de travail sur ce sujet mené par une personne extérieure spécialisée et là encore les choses n’étaient pas faciles. Même si les présents étaient relativement favorables à l’objectif général, ils s’efforçaient de tirer les choses pour que ce qui a trait au collectif soit le moins contraignant pour eux au grand désespoir de George ! Une autre alternative entreprise pas George était de mettre un terme à cette situation où un seul propriétaire accueille des locataires. La solution était de transformer le projet en fondation ce qui permettait également de faciliter les choses pour George lorsque le temps serait venu de transmettre le bien à ses six enfants.

Eh oui, George est au cœur d’un schéma familial relativement atypique. Il a eu six enfants, deux par deux, avec trois femmes différentes et avec 20 ans d’écart à chaque fois. Il se retrouve donc en situation d’avoir des petits enfants plus âgés que ses propres enfants ! Avec le recul, il admet aujourd’hui qu’il « n’est peut-être pas fait pour la vie en couple » …

Malgré ces difficultés, le lieu reste bien vivant et continue à accueillir des wwoofers, des voyageurs et aussi des stages de formation, principale activité rémunératrice du projet. La nature et la plupart des infrastructures apparaissent correctement entretenues et les activités agricoles se poursuivent. Même si la bonne ambiance du groupe me donne envie de prolonger mon séjour, la Belgique m’appelle vers de nouveaux horizons. Les habitantes et habitants citées plus haut sont presque toutes et tous là pour me regarder repartir à vélo et mettre le cap sur Liège.

Activités réalisées

  • Pose de plaques d’agglo et d’OSB pour finir un coffrage et le sol d’un dôme géodésique
  • Déplacement d’un ballot de paille
  • Tassement de paille dans les triangles du dôme derrière les plaques de G-ProxTM
  • Rangement de bois
  • Désherbage et mise en place de tuteurs sur des framboisiers
  • Plantation de choux
  • Mise en place d’un râtelier pour ranger les outils longs
  • Arrosage de plants
  • Participation à la traite des brebis
  • Cueillettes de fraises et suppression des ronces autour des fraisiers
  • Renforcement d’un enclos à poule à l’aide de grillage et de fils de fer pour le prémunir des rats

[1] En Belgique, les bottes de paille rectangulaires sont appelées « ballots » et les ballots ronds sont appelés « boules ».

Les interviews

Disponibles sur les plateformes d’écoute

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