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13# Communauté de Chambrelien : la vie collective, une spiritualité incarnée

Communauté de l’Arche de Lanza del Vasto
Chambrelien, Neuchâtel, Suisse
Communauté initiale : 1974; installation à Chambrelien : 1978
3 couples
Maraîchage, école alternative
Surface cultivée : 1ha
Valeurs : non violence, spiritualité, simplicité
Période de présence : 3 jours mi-septembre 2021
Distance à vélo depuis le précédent lieu : 204 km
Accueil : apprentissage, selon demande

C’est peut-être un manque de préparation… ou un acte manqué… mais pour arriver dans la communauté de Chambrelien, j’ai vécu la pire journée à vélo de tout mon voyage… pas sur le plan physique mais sur le plan psychologique…

Une arrivée infernale

Ma première crevaison !
remorque vélo
roue de vélo
route
Ma première crevaison !

Après avoir quitté l’Alsace et franchi la frontière à Bâle, j’ai fait route vers ma première étape helvétique. Tout se passait bien sur les routes bordées de prairies d’un vert ardant en pente douce ornées, à l’horizon, de forêts de sapins un peu plus pentues. Le réseau ferré suisse étant très développé, des voies de chemins de fer longeaient très souvent la route. Le soleil de la mi-septembre rendait la balade agréable… jusqu’à ce que je sois rattrapé par un incident majeur dans le canton de Berne. Après une montée ardue agrémentée par un dérailleur qui refusait de passer sur le petit plateau, j’arrivais enfin au col et pris quelques minutes pour résoudre le problème … mais quelques dizaines de mètres plus loin, c’était la crevaison ! En temps normal, cela n’a rien d’alarment puisque j’ai toujours avec moi une chambre à air de rechange et l’opération ne prend pas plus d’une demi-heure. Mais là, la crevaison était sur une des deux roues de la remorque et je n’avais pas de chambre à air de rechange ! Je savais bien que cela arriverait et je m’étais dit un peu trop confiant « Si je crève sur la remorque, je n’aurais qu’à la laisser dans un coin et à aller chercher le nécessaire à vélo ». C’était un raisonnement très bête, je l’avoue. Il me fallait donc, après avoir tenté le stop et une réparation de fortune qui n’a tenu que le temps de descendre au village le plus proche, imaginer d’autres solutions. Le garage auto à la sortie de Sonceboz-Sombeval n’avait plus de mousse anti crevaison. La seule solution qu’il me restait était de faire l’aller-retour jusqu’à Bienne, la ville la plus proche.

Il faut également noter que nous étions un dimanche et comme la Suisse ne fait pas partie de l’union européenne, je n’avais aucune donnée mobile sur mon téléphone. Autrement dit, je n’avais pas internet pour obtenir les informations qu’il me fallait : quel magasin est ouvert ? Où est-il situé ? A-t-il en rayon le matériel qu’il me faut ? J’étais aveugle sur ces questions ainsi que sur l’itinéraire pour m’y rendre. Je dois avouer que même si j’ai une bonne capacité d’analyse et de prise de décision, il m’a fallu un moment avant de choisir une solution. J’ai donc laissé provisoirement ma remorque chez un particulier et je suis descendu jusqu’à Bienne. En effet, la route ne faisait que descendre. Habituellement, cela me réjouis puisque les kilomètres passent sans effort… mais là, je savais que je serais obligé de refaire le trajet dans l’autre sens et chaque mètre parcouru dans pédalé accentuait la détresse psychologique dans laquelle je me trouvais !

Pour agrémenter le tout, j’ai dû emprunter deux tunnels à travers les montagnes. En voiture, on ne se rend pas du tout compte de l’atmosphère qui règne dans ces endroits. La faible lumière, le bruit assourdissant des camions qui vous dépassent, les gaz d’échappements confinés dans l’édifice et l’aspect hypnotisant de chaque mètre de tunnel parfaitement identique au précédent font de ces lieux un enfer pour les cyclistes ! Heureusement, toutes les routes suisses où j’ai circulé était munies d’une bande cyclable délimitée par des pointillés jaunes et ces tunnels en étaient pourvues. De plus, ils étaient tous les deux en descente.

Arrivé à Bienne par une voie toujours en pente, des jeunes filles ont pu m’indiquer le seul magasin de vélo de la ville ouvert ce dimanche. On ne peut pas dire que le commerçant ait été très coopératif malgré ma détresse apparente mais par chance, il avait la chambre à air qu’il me fallait ! Sans trop y croire, je lui demandais s’il connaissait des personnes qui devaient se rendre à Sonceboz-Sombeval et là… la lumière ! Il me dit qu’un train s’y rendait ! Effectivement, j’avais croisé des panneaux indiquant une gare au début de ma descente. J’étais sauvé ! Plus besoin de refaire tout le trajet en sens inverse et de revivre l’enfer des tunnels en montée ! L’antipathie du commerçant était pardonnée. Ainsi, peu de temps après, j’étais de retour au chevet de ma remorque pour réparer la crevaison et j’ai pu reprendre ma route… en commençant par un second petit tour dans les tunnels…

Lac de Neuchatel
Suisse eau
Le lac de Neuchâtel

Cet incident m’avait fait perdre environ deux heures et demie et j’étais encore loin d’être arrivé. Le lac de Bienne d’abord puis celui de Neuchâtel me restaient à atteindre pour finir par un petit bout dans la campagne Suisse dans un canton heureusement moins vallonné. La route paraissait interminable et les nombreux vignobles qui la bordait n’offraient que peu de réconfort. Les voitures étaient elles aussi nombreuses sur cet axe principal. Les heures passaient autant que les kilomètres mais la nuit a fini par me rattraper et à 21h passé, je n’étais toujours pas arrivé. Apercevant les indications d’un hôtel de luxe au milieu d’un hameau, je décidais de m’y rendre pour tirer une balise de détresse : soit je parvenais à joindre mes futurs hôtes pour qu’ils viennent me chercher, soit je dormais sur place. Heureusement, j’ai pu joindre Martial qui a vite compris ma situation et m’a proposé de faire le taxi sans que j’aie besoin de lui demander. J’étais sauvé !

Une communauté de l’Arche

L'Arche avait pour voilure une vigne Lanza del Vasto Communauté de l'arche
« L’Arche avait pour voilure une vigne »

Pendant mon voyage, j’ai eu la chance de pouvoir visiter cinq communautés [1] appartenant à l’Arche de Lanza del Vasto. Pour résumé de quoi il s’agit, il faut s’intéresser à son fondateur. Lanza del Vasto est né en Italie et a beaucoup voyagé, notamment en Inde, et a été l’un des disciples de Gandhi dont il a importé la philosophie en occident. Cette philosophie se base principalement sur les notions de non-violence et de simplicité volontaire et de spiritualité. En tant que chrétien, Lanza est aussi parvenu à établir des passerelles les entre l’hindouisme et le christianise. Après de nombreuses réflexions et plusieurs ouvrages sur ces sujets, il s’est senti appelé à créer des communautés inspirées du modèle de l’ashram indien où ses valeurs seraient concrètement mises en pratique. La dimension chrétienne faisait également partie des piliers de ces communautés [2]. Aujourd’hui, toutes les communautés de l’Arche se revendiquent de ces valeurs même si leur mise en pratique peut prendre différentes formes.

Un morceau de Suisse

Végétation buisson
Suisse
Communauté de Chambrelien
Lac de Neuchâtel
Une création végétale

Le lieu où vit la communauté est un coteau qui jouxte le hameau de Chambrelien et surplombe le lac de Neuchâtel. Depuis le jardin, on peut apercevoir quasiment à l’horizon les contours argentés du lac. L’extérieur se composent d’un vaste espace de maraichage d’environ 1 ha, et de plusieurs espaces plus ou moins travaillés mais toujours fort agréables. L’habitation principale est une grosse maison à la façade rose et aux intérieurs rustiques mais confortables. Une véranda et une pergola où les kiwis poussent en abondances offrent différents climats que l’on peut choisir selon la météo. Deux autres maisons à deux pas de là appartiennent aussi à la communauté.

Une communauté… juste une communauté

Maison
Suisse Neuchâtel
Communauté Chambrelien
Arche de Lanza del Vasto
Spiritualité
Une des trois maisons de la communauté

Les habitant et habitantes qui y vivent sont trois couples de plus de 50 ans. En effet, la communauté n’est plus aujourd’hui dans une phase véritablement active et n’entretient plus de grandes ambitions ou de grands projets même si elle s’efforce de continuer à vivre dans le respect des valeurs de l’Arche. Des rites de l’Arche tels que le repas collectif le midi avec présentation des plats par celles et ceux qui les ont préparés rythment la vie quotidienne. La pérennisation de la communauté ne fait pas non plus partie des objectifs du collectif. Même si ses membres ne sont pas opposés à une éventuelle proposition venue de l’extérieur pour écrire une nouvelle page collective, ils n’aspirent plus aujourd’hui qu’à mener simplement une vie communautaire paisible. Par le passé, le lieu était très actif avec beaucoup de membres (jusqu’à 5 familles avec enfants), beaucoup d’accueil extérieur notamment de groupes ou d’apprentis venus pour partager les pratiques et les savoirs faire autour des activités agricoles. Le lieu a même accueilli des personnes en difficultés de tous ordres à l’image d’un centre social. Malgré tout, « le Coquelicot », un jardin d’enfant à pédagogie alternative animé par Susanne et une belle activité maraichère portée par Adrian restent très actifs. Une collocation d’étudiants habite une des maisons annexes dans l’idée de donner une utilité aux bâtiments.

Le groupe n’accueil plus non plus de wwoofer et c’est la raison pour laquelle mon séjour n’a duré que 2 jours. Lorsque j’ai demandé pourquoi, on m’a répondu que les wwoofeurs nécessitaient des tâches à leur confier, un encadrement pour les guider et une certaine gestion. De plus, bien que ma démarche soit structurée et s’inscrive dans un projet précis et construit, ce n’était pas toujours le cas des personnes qui demandaient à venir comme wwoofeur.ses et certaines venaient sans aucune volonté de travailler, n’étaient pas fiables ou préféraient écourter leur séjour.

Cela s’explique aussi par le fait que, selon les dires des habitant.es, la vie communautaire s’avère plus difficile à porter avec l’âge. En effet, vivre avec d’autres nécessite une attention particulière et une certaine énergie. Lorsqu’on vieilli, cette énergie est de plus en plus difficile à mobiliser… [3]

Une belle découverte suisse en plus

Lac de Neuchâtel eau
Suisse Neuchâtel
Communauté Chambrelien
Arche de Lanza del Vasto
Spiritualité
Le lac de Neuchâtel

Comme je n’ai pas de réponse de ma prochaine étape, les habitant.es de Chambrelien me recommandent de séjourner dans le couvent où vie la communauté de Grandchamp (14#), à quelques km de là. Je prends contact avec les sœurs et à ma plus grande joie, ma demande est très rapidement acceptée. Cette joie ne fera que s’amplifier dans les jours qui vont suivre puisque cette communauté fait partie des plus belles étapes de mon voyage. Après un repas et des adieux empreint d’une belle fraternité à l’image de mon séjour, je quitte la communauté de Chambrelien pour me rapprocher du lac de Neuchâtel.


[1] Les cinq communautés de l’Arche de Lanza del Vasto visitées sont :

  • Chambrelien
  • La Flayssière (29#)
  • La Borie Noble (30#)
  • Nogarêve (31#)
  • Le Gwenvez (43#)

+ L’Arche de Saint-Antoine (visitée après le voyage)

[2] Plus d’informations sur les communautés de l’Arche et sur Lanza del Vasto sur : https://www.lanzadelvasto.com/fr/action/l-arche/

[3] Cette notion est développée dans l’interview

Bientôt disponible

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