Eric et Maxime Chaix, selfie devant la longère Tour de France vivre autrement cirque

2# Ecocircus : autonomie et art du cirque

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Ecolieu sur le thème du cirque
Ecouis
Crée en 2001
1 homme et ses 2 fils
Festivals de cirque, élevage,
petites constructions en bois, cultures potagères
Terrain d’ 1ha
Valeurs : liberté artistique, amitié, autonomie
Période de présence : 1 semaine fin mai 2021
Distance à vélo depuis le précédent lieu : 142 km

Un lieu collectif ?

Après avoir passé la nuit chez mes amies de Bernay, je me dirige à présent vers ma deuxième étape : l’Ecocircus. A travers les premiers messages échangés avec Éric, le propriétaire du lieu, tout donnait l’impression d’une vie en communauté avec plusieurs habitants vivant sur place. Je me suis senti obligé de lui poser la question directement : « Combien de personnes habitent sur le lieu ? ». « Je suis seul avec mon fils » m’a-t-il répondu. Bien que surpris et un peu déçu par cette réponse, je décidais de valider cette étape dans mon parcours. J’ai compris plus tard que cette impression de « communauté » n’était pas une illusion. En effet, Éric s’efforce de façon admirable de créer et d’entretenir un esprit de communauté avec toutes les personnes qui partagent quelques jours avec lui, qu’ils soient wwoofeurs, amis ou membres de sa famille. Ces personnes se succèdent et ne sont jamais les mêmes. Pourtant, il y a bel et bien un esprit de communauté. C’est pourquoi, je me plais à qualifier ce concept de vie de « communauté éphémère ».

Un changement de cap

herbe jardin arbre chien yourte Ecocircus Normandie Eure

Sur un terrain d’un hectare environ, une grande longère typiquement normande côtoie une yourte, des caravanes, un grand mobile-home et quelques petites constructions faites maison. Certains espaces sont cultivés, d’autres en herbe. De grand arbres majestueux ornent le parc. L’endroit me fait un peu le même effet que celui ressenti à la ferme du Bec-Hellouin, visitée le temps d’un après-midi quelques semaines avant mon départ. J’ai le sentiment d’un « âge d’or révolu » où les activités et les personnes fourmillaient dans tous les sens jusqu’à ce que les responsables décident de réduire la voilure pour se recentrer sur l’essentiel, sur eux-mêmes et sur leur famille. En effet, même si le lieu reste globalement beau, de nombreux éléments tombent peu-à-peu en décrépitude comme la yourte, certaines caravanes et quelques autres installations. La réalité n’est pas très éloignée de cette impression. Pendant seize années, Éric a repris cette ancienne propriété familiale pour y faire vivre un projet associatif culturel avec de nombreuses animations et activités de groupe : ferme pédagogique, centre de loisir, festivals musicaux, spectacles et cours de cirque… En effet, c’est de là que vient le nom Ecocircus puisqu’Éric est circassien de formation. Depuis 2017, il a choisi de se recentrer sur des activités privées et d’orienter le lieu vers une recherche d’autonomie. Il continue à exercer son métier un jour par semaine en donnant des cours de cirque à Paris et a récemment relancé sur le lieu des évènements culturels mais de moindre ampleur et seulement un ou deux par an.

Une organisation

Ardoise craie symboles tâches activité mur ferme Ecocircus Normandie Eure
Les ardoises pour la répartition des tâches

Tous les matins, nous nous retrouvons pour un cercle de parole (voir Ce que j’ai appris à la fin de cet article) à la fin duquel le travail est réparti entre toutes les personnes présentes selon les besoins et les appétences de chacun. Pour formaliser les choses, les activités quotidiennes et indispensables comme le soin des animaux et les repas sont pré-écrites sur une ardoise dédiée. En regard de chaque tâche, un rectangle est prêt à accueillir le symbole que le participant affecté à la tâche s’est attribué le premier jour de son séjour. Chaque symbole et le nom de son ‘propriétaire’ est reproduit sur une ribambelle d’ardoises accrochées sous le grand tableau à craie. Le même principe est utilisé pour les tâches propres à la journée. Ainsi pas d’ambiguïté quant à savoir qui doit faire quoi.

Les animaux…

Animaux chevreaux chèvre naissance ferme élevage

Les animaux, il y en a plusieurs : des poules de différentes races, 3 chèvres, un bouc et… deux petits chevreaux qui m’ont fait l’honneur de naître pendant mon séjour. Les wwoofeurs précédents les attendaient avec impatience et c’est cette semaine qu’ils ont décidé de naître ! Un soir où Éric n’était pas là, Nico, un de ses amis nous a dit alors que j’étais occupé à faire la vaisselle : « Nous avons de la visite ! » Le lieu est toujours fréquenté par de nombreux amis et en dehors de la curiosité de savoir de qui il s’agissait, cette remarque était tout à fait banale. Mais lorsque Nico a complété en disant : « Les chevreaux sont nés », ce n’était pas du tout la même chose ! Une vive excitation s’est emparée de toute la maison et laissant tout sur place, nous l’avons suivi à l’extérieur où la nuit était en train de tomber. C’était un spectacle magnifique de voir ces deux petits êtres fraichement arrivés dans la vie, le poil encore tout brillant. L’un d’eux parvenait déjà à gambader tandis que l’autre restait au sol. Aucun de nous ne savait si tout était normal ou bien si nous étions censés faire quelque chose pour l’aider. Par la suite, nous avons su que la nature s’était débrouillée et que nous n’avions pas besoin d’intervenir.

…et les amis

L’Ecocircus, c’est aussi les amis, toujours présents et eux aussi en transition vers une forme d’autonomie. Nous sommes allés visiter le terrain d’Idrissa, situé sur les coteaux pentus de la Seine. Lui aussi a déjà planté de nombreuses cultures et travaille actuellement sur le système d’irrigation. A la base, nous devions y wwoofer mais les circonstances ont fait que l’après-midi s’est transformé en simple visite. Son jeune fils était présent et deux autre amis, Alison et Clément, nous y on rejoint. A la fin de la journée, Éric a invité tout le monde à passer la soirée à l’Ecocircus. Ce fut un vrai bonheur de voir tout ce joyeux monde partager cette soirée dans une véritable ambiance festive. En début de soirée, j’ai visité la yourte qui est à présent un studio de musique rempli d’instruments en tous genres. Quelle ne fut pas ma joie de pouvoir me donner à fond sur la batterie, joie sublimée par la présence de la charmante Alison qui, de sa belle voix, offrait une mélopé qui s’accordait parfaitement avec mon tintamarre. Malheureusement, le rhume que j’avais attrapé à la ferme de T.A.N.G.A (1#) m’a rattrapé dans la soirée et j’ai dû quitter cette charmante compagnie aux alentours de minuit, au moment où la fête battait son plein et n’était pas prête de s’arrêter.

Comme la copine d’Éric arrivait dans quelques jours, nous avons travaillé à quelques aménagements extérieurs juste devant un grand camping-car pour lui offrir un petit coin de paradis. Il s’agissait principalement de réaliser une terrasse en palette et quelques réparations sur les mobiliers d’extérieur.

Au revoir !

Bar associatif alternatif mezzanine construction bois Normandie Eure
Le Foyer et sa mezzanine

A la fin de la semaine, je suis reparti heureux d’avoir partagé ces bons moments avec Éric et ses amis. J’ai retrouvé mon vélo dans le ‘Foyer’, une sorte de bar construit dans le prolongement de la longère et aménagé à la façon d’un bar associatif. Dans cet endroit très agréable, Éric et son fils ont construit une mezzanine en bois destinée à accueillir des musiciens pendant les soirées. Après un dernier coup d’œil au lieu et à la remarquable construction, j’étais prêt à poursuivre mon voyage vers la Somme…

Ce que j’ai appris

Pour entretenir cet esprit de communauté malgré le renouvellement incessant de ses membres, Éric utilise un outil très efficace qu’il appelle ‘le cercle de parole’. Il s’agit, après le petit déjeuner, de se regrouper autour de la table, d’observer un moment de silence, puis de donner la parole à toutes les personnes présentes, à tour de rôle, afin que chacune d’elles puisse exprimer son état d’esprit actuel, dire comme elle se sent, comment la journée précédente a été vécue, quelles sont les évènements qu’elle a aimés et ceux qu’elle n’a pas aimés, quels sont les soucis qui la préoccupe en ce moment… C’est l’occasion de remercier les autres de façon individuelle ou plus générale pour ce qu’ils nous ont apportés. C’est aussi l’occasion, et je pense que c’est là le cœur de la chose, d’exprimer les éventuelles irritants, désagréments, frictions, offenses, ressentis afin d’en faire part non seulement au groupe mais surtout à la ou les personnes responsables.

Cette façon de faire renferme de nombreux avantages :

  • Au cours de la journée, on ne s’adressera pas de la même façon à une personne qui dit se sentir bien et à une personne dont on sait qu’elle a passé une mauvaise nuit, qu’elle ne se sent pas énergique et que ses humeurs lui font voir tout en noir. Certes, la question est parfois posée en temps normal : « Comment tu vas ? Tu as bien dormi ? » mais les réponses sont souvent données machinalement et par politesse. La personne ne prend pas le temps de véritablement interroger son ressenti. Nous ne sommes que des humains et nous ne pouvons pas maîtriser les turpitudes de notre mental si tant est que cela ne dépende que de lui. Comme le dit l’expression populaire : « Il y a des jours avec et des jours sans ». Si on dispose de cette information et que l’on adapte sa communication en conséquence, les rapports entre les personnes ne peuvent être qu’améliorés.
  • Prendre ce temps de calme permet à chacun et au groupe de faire le point sur les évènements passés, sur la façon dont ils ont été vécus et ressentis. Cela permet de remettre de l’ordre dans sa mémoire et dans ses émotions, de clarifier ses sentiments envers ce qui s’est passé et envers les autres avant de pouvoir passer à autre chose et aller de l’avant. Sans cette réorganisation mentale et émotionnelle, le mal-être s’installe.
  • En consacrant ce moment à la parole libre, chacun est beaucoup plus à même d’exprimer librement ce qui lui a déplus, sans complexe et sans tabou, et est également beaucoup plus à même d’entendre les doléances qui sont formulées à son intention s’il s’est rendu responsable d’une situation déplaisante.
  • Les autres personnes présentes sont témoins de ce qui se dit et leur seule présence temporise les rapports et les empêche de s’envenimer. Elles peuvent, seulement si nécessaire, intervenir comme médiateur ou donner leur avis sur la situation.
  • Ces moments étant quotidien, les conflits larvés sont tués dans l’œuf. Personne ne peut entretenir de rancœur envers un autre membre de la communauté puisque chacun peut ‘vider son sac’ chaque jour.
  • Grâce à la fréquence de ce partage, si un évènement est perçu comme irritant pour un des membres, celui-ci est mieux à même de prendre son mal en patience et de revenir le lendemain matin vers l’offenseur lors du cercle de parole. Autrement dit, l’offensé n’a pas vraiment de raison de décharger immédiatement et directement sa colère sur l’offensant car il sait qu’il pourra lui faire part de son mécontentement dès le lendemain matin. Bien sûr, cela demande tout de même une certaine maîtrise de soi pour être capable de mettre sa colère de côté pour quelques heures en attendant de pouvoir s’exprimer.

A bien y réfléchir, un tel outil pourrait, et même devrait, être utilisé dans tout groupe humain quel qu’il soit afin de fluidifier les rapports et d’entretenir la cohésion du groupe. Couple, famille, amis, collègues de travail, membres d’une association, colocataires, à l’instant où deux personnes interagissent sur la durée, s’efforcer d’apaiser les rapports et de prévenir tout conflit est une attention indispensable que chaque membre du groupe se doit de prendre au sérieux. Certes, il n’est pas dans les habitudes de notre société d’exprimer son ressenti, de se confier sur ses émotions et c’est probablement pour cette raison que de nombreux groupes éclatent et que tant de personnes souffrent au sein des groupes dont elles font partie.

Bouc chèvre caprin ferme élevage Normandie Eure

En plus de découvrir cet outil remarquable, mon séjour à l’Ecocircus m’aura permis de vaincre mon appréhension envers les caprins. En effet, ces bêtes à cornes (et quelles cornes !) dotées d’une certaine force peuvent être quelque peu intimidantes. Mais en les côtoyant, en les soignant et en jouant parfois avec elles, on finit par comprendre qu’elles ne sont pas méchantes. Elles savent cependant, comme beaucoup d’êtres vivants, exprimer leur mécontentement. D’aucun s’accordent à dire que leur comportement est voisin de celui du chat … Cela dit, une méfiance a tout de même subsisté à l’égard du bouc, probablement plus à cause de la réputation de ce genre d’animal qu’en raison d’occasions où il aurait fait preuve d’agressivité. Ainsi, à chaque fois que je passais à sa portée, c’est-à-dire entre lui et le point d’encrage de sa chaîne, je ne pouvais m’empêcher de garder un œil sur lui…

Activités réalisées

  • Soin des animaux (chèvres et poules)
  • Lavage extérieur d’un camping-car
  • Réalisation d’une terrasse en palettes : mise en place des palettes, calage horizontal, fixation de lattes sur les palettes pour combler certains interstices, montage d’un garde-corps
  • Réparation de la charnière d’un couvercle de toilettes
  • Remplacement d’une latte sur une chaise pliante en bois
  • Étalage d’herbe coupée et de buis pour une future culture sur butte
  • Plantation de persil

L’interview

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