3 principes

Tester l’hospitalité des gens

Entre deux lieux visités, il y avait souvent plusieurs jours de vélo. Je devais donc trouver un endroit pour passer la nuit.

C’est en tout cas la raison pour laquelle j’ai choisi de procéder de cette façon pour trouver, chaque soir où je me déplaçais, un endroit où poser ma tête pour la nuit. J’espérais, à travers cette façon de faire, pouvoir démontrer que l’on peut encore, au XXIème siècle, solliciter l’hospitalité des gens sans prévenir et sans recourir à des applications informatiques ; pouvoir démontrer qu’il reste encore un peu de spontanéité et d’humanité dans le cœur des hommes et des femmes de ce pays.

Ainsi, en fin d’après-midi, vers 18h, je m’arrêtais dans le premier quartier résidentiel qui se trouvait sur ma route et après avoir garé vélo et remorque, je commençais à frapper aux portes. Mon discours était bien rôdé. M’efforçant de sourire et de dégager une énergie positive malgré ma journée de vélo derrière moi, je m’adressais à la personne qui m’ouvrait sa porte en ces termes :

Bonjour Madame/Monsieur ! Je m’appelle Maxime et je réalise actuellement un tour de France à vélo pour aller à la rencontre des personnes (et des groupes) qui ont choisi de vivre différemment. Et entre deux étapes, je sollicite l’hospitalité des gens… est-ce qu’éventuellement ça vous serait possible de m’héberger pour la nuit, s’il vous plaît ?

Simple, rapide et allant droit au but, cette introduction suscitaient des réponses très variées depuis le refus immédiat visage fermé sans donner l’ombre d’une raison jusqu’à ceux qui sont venu spontanément vers moi et qui m’auraient proposé l’hébergement si je ne l’avais pas demandé. Je pensais avoir eu droit à toutes les réponses possibles jusqu’au jour où je me suis trouvé dans un cas de figure qui m’a surpris… une sorte de « ni oui, ni non ».

Anecdote du « ni oui, ni non »

Entre Nancy et Lunéville, alors que j’avais commencé mon démarchage, j’ai repéré une maison que j’estimais propice à un hébergement. A force de l’observer, ses habitants sont sortis à ma rencontre sans que j’aie eu besoin de sonner. Le monsieur qui s’est adressé à moi le visage fermé et après un temps d’échange avec son épouse était à la fois gêné par ma demande et en même temps embêté de ne pas y répondre positivement. Comme son hésitation persistait, je me suis efforcé de la rassurer en lui disant qu’un refus ne me gênait pas et que je pourrai trouver ailleurs. Toujours gêné de ne pas pouvoir me faire une réponse positive, il a fini par me faire entrer dans le garage où une chambre tout confort se trouvait. C’était touchant de voir la réticence de cet homme fondre peu-à-peu à mesure qu’il faisait ma connaissance. Pendant le repas, il est même devenu très loquasse et sa femme et lui me firent le récit de la vie de leur fils, ingénieur chez Peugeot dans la métropole voisine.

Le plus touchant a été d’apprendre que dans ce quartier du village où beaucoup de logements se côtoyaient, j’étais entré chez l’arrière-petit-fils de l’ancien propriétaire de la ferme qui s’étendait jadis sur tout le terrain de l’actuel lotissement. L’homme d’environ 60 ans qui me parlait en ce jour avait donc vécu toute sa vie dans ce village. Il m’a montré des photos noir et blanc de lui en culotte courte au milieu de sa famille avec une vue du village en arrière-plan. J’apprenais ainsi que les grandes portes cochères encore visibles sur les façades de certaines maisons dans les villages du Grand Est révélaient un bâtiment construit avant la première guerre mondiale et bien sûr non détruit pas celle-ci. Les tracteurs remplaçant peu-à-peu les chevaux dans les années qui suivirent rendaient ces portes cochères inutiles et les bâtiments construit après la guerre n’en étaient plus pourvu. Ainsi, lors de mon départ le lendemain, je n’ai pas pu m’empêcher de refaire un passage dans la rue principale du village pour revoir ces fameuses portes cochères mais aussi certains alignements de maisons mitoyennes que j’avais vu la veille sur les photos. Avant cela, mes hôtes se pressaient pour me venir en aide tandis que je rempaquetais mes affaires. J’ai eu droit à deux magnifiques et succulentes tomates directement cueillies dans le potager et à plusieurs mini tablettes d’un chocolat de grande qualité de la part de la dame et un peu d’huile vaporisée sur la chaîne de mon vélo de la part du monsieur qui me l’avait gentiment proposé. Les réticences initiales avaient pleinement cédé la place à une grande générosité.

Bien sûr, je ne jette pas la pierre à celles et ceux qui ne m’ont pas reçu. Au-delà des contraintes techniques qui rendent parfois la chose impossible, chacun est libre de recevoir ou non qui il souhaite en sa maison sans avoir à se justifier. Mais je considère que tout voyageur sincère et honnête devrait pouvoir agir de la sorte et être accueilli comme je l’ai été. C’est aussi un moyen de rencontrer des personnes, des familles, de découvrir des témoignages de vie. Et même si leur mode de vie peut être qualifié de ‘conventionnel’, il y a toujours des différences par rapport à ses propres façons de faire et cela aussi constitue un enrichissement. Certains pourront y voir une forme d’abus car les personnes qui m’accueillent dépensent de l’argent pour moi sans que je les en dédommage. Il ne s’agit pas que d’argent. Même si peu d’entre eux l’ont explicitement formulé, je leur apporte quelque chose que l’argent ne peut acheter comme de l’aventure, du divertissement …et du réconfort parfois. Certaines personnes se sont confiées à moi sur des épreuves que la vie leur envoyait ou leur avait envoyées et ont admis que ma présence avait allégé un temps leur peine.

En conclusion, je peux dire que la réponse est « oui », les français savent faire preuve d’hospitalité. Bien sûr, à chaque fois je me suis lancé dans une nouvelle prospection, il y a eu des refus mais dans l’ensemble, cela a presque toujours réussi (voir Les chiffres dans la page Le voyage). Et contrairement à certaines idées reçues, ils ont de la générosité à donner.

Recourir le moins possible à l’argent

Afin de recréer du lien avec les gens et n’ayant pas d’activité rémunérée pendant la période, j’ai eu l’idée d’inclure dans les principes du voyage le fait de recourir le moins possible à l’argent. Le concept même du projet s’y prêtait bien puisque qu’ayant choisi de pratiquer le wwoofing dans les lieux visités, mes besoins élémentaires étaient satisfaits (sauf dans certains lieux qui ne pratiquaient pas le wwoofing et où j’ai dû apporter une contribution financière).

De même, en sollicitant l’hospitalité des gens, les repas du soir étaient offerts. Mes seules dépenses se sont résumées aux produits d’hygiène, aux sandwichs pour le repas du midi lors des journées sur la route et au matériel d’usure indispensable au fonctionnement du vélo et de la remorque. Certains confrères et consœurs ont également fait ce choix et m’ont confié qu’ils poussaient le concept plus loin en demandant aux commerçants s’ils étaient en mesure de leur offrir des denrées invendues. Ils allaient même jusqu’à ouvrir les poubelles à proximité des échoppes pour récupérer de la nourriture. Je dois dire que je n’ai pas eu ce courage et cette audace. Ajouter à la fatigue physique du trajet à vélo la fatigue émotionnelle de la sollicitation des commerçant ou de l’exploration des ordures m’a semblé excessif. De plus, je trouve délicat de demander aux commerçants de faire preuve de générosité alors que le fruit de leurs ventes est directement leur source de revenus et ce avec quoi ils permettent à leur commerce de fonctionner. Il m’est néanmoins arrivé de pratiquer avec un certain succès la « récup » dans les poubelles des supermarchés avec la petite bande de nomades en fourgons à mon retour du Rainbow Gathering (étape 39#).

Au début de mon voyage, ma détermination à respecter ce principe était plus forte mais dans la pratique, mes premières expériences se sont révélées quelque peu chaotiques…

Anecdote de l’auberge normande

L'auberge des Pilotis, à Beauvoir-en-Lyons
Sana argent
3 principes
L’auberge des Pilotis, à Beauvoir-en-Lyons

Alors que je sillonnais la Normandie vers le Nord pour rejoindre la Somme, mon tout premier démarchage pour trouver une maison où dormir s’est révélé infructueux et tout me poussait à dormir à l’auberge du village. Pour un voyage avec un recours limité à l’argent, ce début de soirée avait un parfum d’échec. Je me résignais donc à frapper à la porte de l’auberge où je fus très bien accueilli et, pour commencer, invité à prendre place à la table des tenanciers du lieu en plein apéritif. Au bout de quelque minutes, Jimmy, le fils du patron, se tourne vers moi et me demande :

« Qu’est-ce que tu bois ?

– Ça dépend. C’est offert ou pas ? ai-je répondu.
Moment d’hésitation…

– Oui, c’est offert, intervient Dimitri, le patron, mais la tournée qui va suivre, elle va te couter cher ! compléta-t-il en souriant.

– Je peux aussi vous rendre service si vous avez besoin, ai-je complété.

– Hé Dim, si je fais un peu de vaisselle, tu m’en remets un gratuit !? » dit en riant un troisième larron présent, ami de Dimitri.

Devant le malaise que j’avais manifestement créé, j’ai réalisé que ma mes propos pouvait être pris pour de l’avarice et il m’a paru évident que je devais mettre les choses au clair en exposant le concept dans son intégralité pour garder de bons rapports avec mes hôtes. J’ai donc réalisé l’exercice à peu près en ces termes :

« Ecoutez, je ne veux surtout pas passer pour un radin mais ça fait partie des objectifs de mon voyage : ‘essayer de recourir le moins possible à l’argent’. C’est pourquoi, partout où je vais, je propose mes services en échange de ce dont j’ai besoins »

A ces mots, leurs yeux se sont ouverts et ils ont accueilli la chose de façon très compréhensive en me disant :

« Ah bah c’est dommage ! Tu serais venu deux mois plus tôt, nous refaisions le plafond de la salle principale. Ton aide aurait été la bienvenue et nous aurions pu trouver un arrangement. »

Un peu plus tard, Catherine, la femme de Dimitri a renchéri en disant :

« Si tu repasses ici le mois prochain, nous repeignons le couloir à l’étage et on aura besoin d’aide »

Le message était passé. Ils avaient compris le concept et l’acceptaient mais pour cette nuit, cela restait délicat. Au cours du dinée que j’ai partagé avec mes hôtes étant le seul client, ils me firent part des difficultés financières qu’ils avaient récemment traversées. Il était donc d’autant plus délicat d’être hébergé sur le principe du wwoofing. Malgré ces difficultés, Catherine m’a proposé, au moment de régler la note, de compter tout ce que j’avais consommé comme un forfait ce qui me faisait bénéficier d’une réduction. Je refusais en vertu de la générosité dont ils avaient malgré tout fait preuve à mon égard et par esprit de soutien compte tenu de ce qu’ils avaient traversés.

Découvrir la France

Près du col des Tourettes, Hautes Alpes
Montagne
Tourisme
Paysage
3 principes
Près du col des Tourettes, Hautes Alpes

Je suis français et j’ai la chance d’habiter un très beau pays. Malheureusement, je le connais peu. C’est pourquoi je me suis dit : « Profitions de ce voyage pour découvrir ce pays qui est le miens ! Et quoi de mieux que de se déplacer à vélo pour en admirer le paysage ? » Je connais la Normandie où j’habite et aussi la Bretagne mais l’Est et le Sud me sont inconnu. J’ai ainsi découvert les plateaux calcaires le Lorraine, les plaines d’Alsace, les vignobles du beaujolais, les reliefs majestueux des Hautes Alpes dont certains monts m’évoquaient le Cambodge, les plaines toulousaines qui s’étendent jusqu’aux pied des Pyrénées et les villages du Sud dans l’Agenais.

Mais il n’y a pas que les paysages qui m’ont marqué, il y a aussi les Hommes et les Femmes, comme ce couple qui roulait les R tel que le font les habitants du Morvant. Il était né dans le village où se trouvait la maison et sa femme était née dans le village d’à côté. Un autre couple qui m’a reçu sans hésiter était heureux d’habiter à côté de l’une des plus grandes forêts d’Europe, la forêt de Chaux dans le Jura et de pouvoir entendre le brame du cerf ce dont je pu profiter puisque c’était la saison lors de mon passage. J’ai aussi rencontré de nombreuses personnes qui connaissent en détail l’Histoire de leur terroir et qui étaient fières de leur singularité.

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