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21# L’Oasis de Serendip : un ecolieu en relancement

Ecolieu / tiers-lieu
Eurre, dans la Drôme
Année de création : 2014
Deux couples
Agroforesterie et agriculture, formations en permaculture, PAM, traction animale, espace de co-working
Surface : 11,5 ha
Valeurs : écologie et permaculture, lien avec la nature, transmission des savoirs, éducation, expérimentation, vivre ensemble
Période de présence : 18 jours, fin novembre – début décembre 2021
Distance à vélo depuis le précédent lieu : 44 km
Accueil : sur demande
La ville de Crest et sa tour carrée

Après plusieurs kilomètres sur une large route en direction de Crest (prononcez « crè »), me voici devant l’entrée de ce qui semble être un ancien corps de ferme. Le portail n’est pas ajouré, je ne peux donc pas voir ce que l’endroit réserve. Samuel BONVOISIN, mon contact, me dit au téléphone que je peux pousser la porte et faire entrer ma monture. J’entre donc dans une sorte de cour intérieure enherbée et en longueur. Sur la droite, le bâtiment qui s’étend sur toute la profondeur de l’espace construit est manifestement non-habitable et il manque une porte. Je me permets d’en visiter l’intérieur. C’est assez grand et plutôt propre. Peu de travaux semblent nécessaires pour faire de cet endroit les logements qu’il est appelé à devenir.

La petite maison dans l’Oasis

Je ressors. Samuel est là. Le visage rond et très souriant, les yeux bleus clairs et les cheveux courts légèrement frisés assortis à sa barbe brune, il sort de « la petite maison » située juste en face du bâtiment d’où je viens. Il s’agit en effet d’une petite habitation carrée adossée au mur d’enceinte mais qui n’est adjacente à aucune autre construction. Au rez-de-chaussée, deux grandes tables au centre, un coin cuisine avec gazinière et un rocket stove réalisé en terre crue dont la chaleur est dirigée dans un banc. Les murs quelques peu noircis donnent un aspect assez sombre à la pièce. A l’étage, plusieurs lits superposés entourés de murs bien blancs et une petite salle de bain baignent dans une belle lumière… le minimalisme pour accueillir un couple ou une petite famille.

Une famille nombreuse

Samuel et sa compagne Jessica ont habité dans cette maison avec leur famille lors du lancement du projet mais l’arrivée de leur quatrième enfant les a décidés à déménager pour un appartement dans le centre de Crest. En tant que wwoofeur amené à travailler sur le lieu, j’étais sensé habiter cette maison mais devant la fraîcheur du mois de novembre, Jessica et Samuel ont eu la bonté de m’accueillir dans leur foyer. C’était aussi plus simple puisque j’étais sensé partager tous mes repas avec eux, wwoofing oblige, ce qui aurait occasionné d’incessants aller-retours entre la petite maison et l’appartement.

Je me suis donc retrouvé au milieu d’une famille de six personnes inconnues à dormir sur le canapé (très confortable) dans un appartement tout juste assez grand pour eux. Mais leur générosité ne s’est pas arrêtée là. Jessica et Samuel m’ont tous les deux répété que je pouvais rester aussi longtemps que je voulais. Ils sont même allés jusqu’à proposer de me prêter l’appartement pendant la période des fêtes étant eux même absents. En plus de ça, j’ai pu accompagner Samuel dans certaines de ses rencontres professionnelles comme cette présentation à Mirabel-et-Blacons sur l’hydro régénération, cette science qui consiste à mettre en œuvre les mécanismes qu’offre la nature pour améliorer l’hydrographie d’un terrain ; suivie d’un échange personnalisé avec cinq personnes porteuses de projet. …Jamais, durant ces un an-et-demi de voyage, je n’ai rencontré une telle générosité envers moi, parfait inconnu en voyage.

Prendre soin du « nous »

Les Amanins

Un peu plus tard, j’aurai également la chance, pour ne pas dire ‘’le privilège’’, de participer aux Amanins à une formation de cinq jours animée par Samuel qui s’intitule « Prendre soin du ‘nous’ ». Cette notion fondamentale lors de la création d’un groupe met en évidence la différence entre des personnes simplement rassemblées dans un même but (comme dans un restaurant ou lors d’un concert) et un groupe dont les membres commencent à se souder pour créer ensemble. Samuel nous a donner les clés pour réussir à créer ce « nous », non seulement dans la théorie mais aussi dans la pratique puisque tous ses enseignements étaient immédiatement appliqués au groupe d’une quinzaine de participant.es que nous étions.

Une attente agréable

A l’origine, c’est la participation à un chantier sur l’Oasis de Serendip qui m’a fait venir cette semaine-là ce qui explique le détour réalisé pour me rendre à Habiterre (20#). Mais juste avant de me rendre sur le lieu, j’apprends que le chantier ne commence que vendredi alors que nous sommes dimanche ! déception et désarroi… Heureusement, ce désarroi n’est pas partagé par Samuel qui me prend tout de suite sous son aile. Ces quelques jours qui précédent le chantier sont agréablement répartis entre des déplacements avec Samuel pour l’accompagner dans son travail de consultant et formateur en permaculture aux Alvéoles et des journées de wwoofing pur sur le terrain de l’Oasis en compagnie des différents acteurs du projet (voir plus bas). Le jeudi, veille du chantier, je participe avec une équipe d’une dizaine de personnes au déracinement des arbres à planter le lendemain. C’est la pépinière des Alvéoles qui a produit les plants.

Serendip ?

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Les impressionnants bâtiments du corps de ferme

L’Oasis de Serendip, dont le nom vient de la légende des princes de Serendip, se veut un écolieu orienté vers la permaculture, l’accueil et le bien-vivre ensemble ; rendre le terrain le plus vivant possible et y habiter en harmonie dans une logique de partage et d’ouverture. A côté du corps de ferme, le terrain de 11,5ha doté d’un léger relief et d’espaces boisés permet de nombreuses expérimentations autour du vivant. Jessica et Samuel, tous deux ingénieurs agricoles, ont initié le projet en 2014 et font aujourd’hui partie des deux couples qui portent l’aventure. Malgré leur bonne volonté, ils ont subi deux revers qui ont fortement retardé la progression du projet, l’un à cause d’une municipalité réticente et l’autre à causes d’habitants sur le départ qui souhaitaient récupérer leur argent avant l’heure fixée… Après l’interview de Samuel où il revient sur ces évènements, il me confit que sa vision de ces difficultés passées est à présent empreinte de sagesse, d’humilité et d’apaisement. En dépit de ces obstacles, Serendip continue et même si aujourd’hui le lieu n’est plus habité, il reste très vivant et de nombreuses personnes gravitent autour.

Traction animale et PAM

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Un des ânes de Paolino

Il y a notamment Paolino, le spécialiste des ânes qui expérimente la traction animale. J’aurais l’occasion de travailler avec lui pour transformer une parcelle fraichement débroussaillée en terrain cultivable. Il y a aussi Cloé qui s’occupe du mandala, ce type de jardin pensé en cercles concentriques fait d’ilots de formes variées. Ici, ce sont principalement des plantes aromatiques et médicinales (les PAM) que Cloé a planté dans une logique pédagogique puisque le nom de chaque plante est visible sur un petit galet. Je l’aide au réaménagement des ilots en apportant de nombreuses brouettées de bois de pin fraichement broyé.

Le chantier

Ayant obtenu une subvention avec l’obligation de l’utiliser pour acheter et planter des arbres, Samuel et ses compagnons ont planifié un chantier de 3 jours. Framboisiers, groseiller, casis, casseille (hybride entre cassis et groseille) et pêche-amandiers sont les principales espèces choisis. Beaucoup d’entre eux seront plantés « en noue » … un alignement le long d’un petit fossé creusé en travers d’une pente ; les arbres se trouvent donc tous à la même altitude. Cette technique hydrographique favorise l’alimentation en eau des jeunes arbres et limite le ruissèlement de l’eau de pluie.

Chantier participatif
plantation d'arbres
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Samuel expliquant les étapes de la plantation

Le vendredi, premier jour du chantier, après une petite collation de bienvenue prise dans la petite maison, Samuel nous donne les instructions à la fraicheur du matin et à la lumière timide du jour. Nous nous répartissons ensuite en trois groupes : des creuseurs de trous, des collecteurs d’arbres pour aller chercher les plants déracinés la veille et des préparateurs de pralin, cette mixture à la consistance de la pâte à crêpe constituée d’eau, de terre de jardin, de composte et de crottin de cheval (ou d’âne). Cette préparation dans laquelle seront trempées les racines de chaque arbre juste avant d’être mis en terre favorise la prise de la plante car elle apporte immédiatement au plus près des racines un concentré nutritif, elle protège les racines d’éventuelles maladies, elle évite leur dessèchement et réduit la formation de bulles d’air dans le sol une fois l’arbre planté.

Je choisi de faire partie des creuseurs de trous. Cette activité plutôt physique ne nécessite aucune délicatesse et permet d’obtenir un résultat satisfaisant en quelques minutes. C’est exactement ce dont j’ai besoin en ce jour ! Entouré de plusieurs creuseuses et creuseurs chacun.e affairé.e à son trou, les discussions vont bon train et je sympathise avec plusieurs jeunes gens dans la joie et l’efficacité. Cependant, une angoisse me saisit. Aucune information ne nous a été communiquée au sujet du repas de ce midi ! A quelle heure aura-t-il lieu ? Des personnes doivent-elles arrêter le chantier plus tôt pour mettre à réchauffer les plats ? Qui seront ces personnes ?… Personnellement, débuter un chantier en ayant les réponses à ces questions dès le début me tranquillise et m’apaise.

Heureusement, la préparation du repas se fait sans trainer et nous nous retrouvons tous et toutes autour des deux tables de la petite maison pour partager des plats préparés à l’avance dans l’ambiance animée des chantiers collectifs. L’après-midi, nous nous remettons tranquillement au travail pour poursuivre nos activités. La journée se termine vers 17h30. Une fois que les arbres sont plantés, du broyat de bois est placé à leur pied et je participe à nouveau aux trajets à la brouette. Un des ânes de Paolino participe à la tâche en déplacent de grandes quantités de broyat sur un traineau qui lui est attelé. Nous l’aidons dans son effort en poussant le traineau.

Malheureusement, le climat frisquet et humide de ces deux premiers jours a fini par me rendre malade et j’ai décidé de rester au chaud à Crest le dimanche. Malgré mon absence, le chantier est un succès et ce sont pas moins de 400 arbres qui ont été plantés en trois jours !

Trouver sa place

Au quotidien, les choses se passent bien au sein de cette famille. Il est très étrange pour moi de me trouver dans cette situation. Je suis à la fois observateur extérieur et en même partie prenante de la vie de famille. Il me faut donc trouver ma place, trouver mon rôle ; savoir quand intervenir et savoir quand la discrétion s’impose. Bien sûr, je m’efforce d’apporter mon aide dès que possible pour alléger la charge des tâches quotidiennes. Il m’arrive de jouer avec les enfants et je m’emploie également de temps en temps à aider une des filles à faire ses devoirs. Ce sont là des exercices délicats. Je ne suis pas le père de ces enfants et il me faut être vigilant pour ne pas outrepasser mes droits. De toute façon, si je déborde de mon rôle, je suis immédiatement rappelé à l’ordre par l’enfant à l’aide d’un « T’es pas mon père ! » aussi cinglant qu’un coup de baguette sur les doigts. Heureusement, cela n’est arrivé que deux fois (dont une issue d’un malentendu) et ni Jessica, ni Samuel n’ont jugé nécessaire de me prendre à part pour me faire part d’un comportement inapproprié. Au fil des jour, de vrais liens se sont établis entre certains des enfants et moi. Cette expérience m’aura montré qu’il est possible et de façon assez rapide de créer une relation proche de la paternité avec un enfant malgré l’absence total de lien du sang.

Un toit pour l’hiver

Bien sûr, je n’allais pas m’éterniser dans cette situation et dès le début de mon séjour, je me suis employé à trouver un lieu pour passer l’hiver car je ne me voyais pas continuer à arpenter les routes de France à vélo dans un froid qui déjà se faisait sentir. Dans l’idéal, j’aurais souhaité passer cette période dans un écolieu. Cela m’aurait permis de pouvoir expérimenter la vie dans ce type d’endroit sur une durée plus longue que ce que j’avais pratiqué jusqu’à lors. J’aurais sûrement appris autre chose sur la vie collective et sa complexité. De même, j’ai pu constater que les personnes qui restaient pour de longues périodes, quel que soit leur statut, parvenaient à créer une proximité avec les habitant.es, des relations plus profondes qu’il est difficile de créer lorsqu’on ne reste qu’une semaine…

Mais pour les collectifs, l’hiver est souvent la période privilégiée pour se recentrer sur le groupe, faire le point et raffermir l’esprit de communauté qui a pu être malmené durant les mois d’été par les nombreuses interactions avec des personnes de passage. Cela nécessite de ne recevoir personne de l’extérieur. De plus, ces lieux sont plutôt retissant à l’idée d’accueillir des wwoofeurs sur de longues périodes, surtout pendant une saison où la plupart des activités sont en sommeil. En effet, le wwoofing n’offre aucune garantie sur la qualité des rapports entre hôtes et visiteurs. Les choses peuvent bien se passer comme devenir compliquées. Accueillir sur des durées courtes limite le risque de devoir mettre un terme à l’accord avant la fin initialement convenue. De façon générale, les seules personnes qui sont parfois accueillies sur des périodes aussi longues sont les postulants comme futurs habitants ou habitantes.

Ma roulotte hivernale

Après celles des écolieux dans les environs, j’ai donc exploré d’autres pistes et solliciter les personnes implantées localement que je connaissais depuis peu, notamment Kévin du Permacooltour. J’ai fini par demander de l’aide à Samuel lui-même, qui savait ce que je cherchais, et il m’a donné certains contacts. Mais c’est la piste d’une annonce sur Le Bon Coin pour une roulotte meublée à louer dans les environs qui a fini par aboutir. Je me suis donc installé dans le village de Plan-de-Baix perché sur les contreforts du Vercors, un vrai village de montagne où j’allais passer 80 jours…

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